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Alfred DAUTRICHE, Mineur à Sallaumines

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Je connais Alfred DAUTRICHE depuis de nombreuses années, je l’ai rencontré très souvent avec son épouse Rolande dans des expositions sur la Mine et même lors d’un reportage pour France 3... A chaque fois, ce furent de grandes discussions sur l’épopée du charbon et l’occasion pour Alfred de me raconter ses anecdotes truculentes sur ce qui se passait dans les tailles. Que de bons moments passés avec eux ! Je me suis souvent promis d’écrire quelques lignes sur ce couple fusionnel sur le site de l’A.P.P.H.I.M (notre Bureau a fait le choix il y a deux ans de publier des témoignages d’anciens Mineurs) mais je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas fait, paresse ou surbooking ? Il y a encore tant de choses à découvrir sur la Mine, on ne peut pas être partout ! Cette fois, j’ai décidé de ne pas remettre au lendemain l’article sur ces deux personnages vraiment intéressants qui sont devenus mes amis.

 

L’ Ami Alfred est tombé dans la potion de la Mine dès sa naissance en 1944. Tous les hommes de la famille (grands-pères, papa, oncles, cousins) ont gratté le charbon au fond de la fosse. Il est donc normal qu’il ait dû le faire aussi. A noter que, lorsqu’ Alfred parle de la Mine, il l’appelle ̎la dévoreuse d'hommes ̎ car aucun de ceux qu’elle a fait trimer pendant des décennies en est sorti indemne.

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Les copains d'Alfred au fond, en plein Briquet

Son grand-père Alexandre, tout d’abord, né en 1902, est originaire du Nord. Il est issu d'une famille de bateliers mais à la fin du premier conflit mondial, le travail manque car les infrastructures dans les ports fluviaux sont dévastées. Comme il faut nourrir la famille et que les Compagnies autour de LENS embauchent pour essayer de remettre en activité le plus rapidement possible les puits détruits, Alexandre se fait embaucher à la fosse 13 / 18 comme traceur (mineur chargé de creuser les galeries d'accès aux chantiers d'abattage). Par la suite, il continuera et terminera sa carrière au 4/11 voisin à la fin de la ̎Bataille du charbon ̎. A cette époque, l’exploitation de la houille dans les veines se fait au marteau-piqueur et on se protège peu contre les terribles particules de silice : ̎ Production d’abord… sécurité ensuite !  ̎. Le 21 juillet 1945, Maurice Thorez proclame haut et fort à WAZIERS devant des Mineurs impatients de voir leur condition s'améliorer : ̎ Produire, c'est aujourd'hui la forme la plus élevée du devoir de classe, du devoir des Français. Hier, notre arme était le sabotage, l'action armée contre l'ennemi ; aujourd'hui, l'arme, c'est la production pour faire échec aux plans de la réaction ̎. Et les Mineurs le suivent ! Pour un vélo ou un demi-cochon et … pour être fier du drapeau tricolore hissé en haut du chevalement de leur fosse, ils travaillent ̎comme des bêtes ̎ en y laissant leur santé. Alexandre, comme beaucoup d’autres, termine sa carrière silicosé ; reconnu à 70%, il finira tranquillement sa vie à CAMPAGNE-LES-HESDIN en 1980 sous assistance respiratoire.

Le père d'Alfred, Alfred, est né en 1926. Comme Alexandre, il se fera embaucher à la fosse 13 / 18 de SALLAUMINES comme traceur. Il travaillera aussi au 4 / 11 et terminera au 5 / 12. Malgré ses 20% de silicose, il ne sera pas remonté et finira au Service ̎̎ Sécurité ̎ à la pose des bacs à eau.

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Le père d'Alfred est coiffé de la barrette blanche

Notre ami Alfred est né en 1944, c’est le premier enfant d'une fratrie de dix. Comme tous les hommes de la famille, il sera Mineur malgré l'opposition de sa mère qui l'aurait bien vu ouvrier à l'usine. Il est embauché à 14 ans le 22 août 1958 comme galibot (transport des matériaux) au 13 / 18 de SALLAUMINES ; il y effectue un stage de dix semaines au fond avant de partir à l'école quinze jours dans les centres de formation d’HÉNIN-LIETARD et de FOUQUIÈRES-LES-LENS. Il obtient son CAP de Mineur en 1962 et devient alors aide-ouvrier en taille. A l’époque, beaucoup de chantiers du fond sont mécanisés mais en ce qui le concerne, il n’a connu à ses débuts que le marteau piqueur et à la pelle !

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La fosse 13 / 18, il s'en souvient encore ! Tout était vieux et quasiment hors d'usage, il est vrai que la fin était programmée (le 13 sera remblayé en 1957 et le 18 en 1961). La cage se bloquait souvent dans la colonne du puits déformée par les mouvements de terrain. Émotion garantie pour les abouts ! Ces ouvriers-acrobates étaient obligés de venir raboter les guides de la cage. Pendant ce temps, les Mineurs remontaient par les échelles du goyot (compartiment du puits séparé de la circulation des cages par une cloison, il était équipé d'échelles de secours et servait pour l'aérage) ! Cette fosse vieillotte avait tout de même un avantage, son charbon gras n’était pas très dur : ̎Un coup de pic et 200 kg s'écroulaient tout seuls !  ̎

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Du 6 novembre 1963 au 28 février 1965, Alfred prend, comme il le dit, ̎des vacances ̎ à BAYONNE où il accomplit son service militaire (celui-ci durait seize mois à l’époque), c’est juste après la grande grève de 1963. Au retour de l’armée, il revient travailler à la fosse 5 / 12 comme traceur jusqu’en 1980.

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Alfred est en bas à gauche

A 36 ans, il reprend le chemin de l'école à la Mine-Image de LENS ; il y obtient les brevets de secourisme, de protection civile et le certificat de minage (boutefeu) et passe une formation de moniteur de sécurité. Il devient alors chef d'équipe à la fosse 5 / 12 jusqu'en 1985. Il est ensuite muté à la fosse 9 de l'Escarpelle à ROOST-WARENDIN et y occupe un poste de responsable de la sécurité. ̎C'était une grosse responsabilité, mais sous mes ordres, il n'y a jamais eu de blessés graves ou de tués !  ̎. Alfred termine sa carrière de Mineur le jour de la fermeture de la fosse 9 le 10 octobre 1990 après plus de trente-deux années passées au fond.

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Alfred dans son musée

Depuis cette date, la retraite est bien remplie : la famille, quelques voyages mais aussi la Mine, toujours la Mine !!! Comment peut-on oublier la ̎dévoreuse d’hommes ̎ ? Alfred a aussi fait partie pendant dix ans des Gardes d’honneur de Lorette (l’ Association des gardiens de l’ossuaire de Notre Dame de Lorette à SOUCHEZ, champ de bataille de la 1ère Guerre Mondiale) et il est encore le Président des Médaillés du Travail de SALLAUMINES (il passera le témoin en 2016 après douze ans de bons et loyaux services dans cette fonction).

Fidèle à ses côtés, son épouse Rolande n'est pas issue d'une famille de mineurs. Née à DIVION, elle a peu connu son papa qui était fermier. Maman doit élever seule dix enfants. Pour pouvoir se nourrir et se loger, le plus grand frère de Rolande, Gaston, chef de famille par défaut, s'engage aux Houillères mais c’est déjà la récession. Les fermetures successives des fosses de l’Ouest du Bassin Minier et les mutations forcées de Gaston entraînent tout ce petit monde de DIVION à MARLES-LES-MINES, à BRUAY-EN-ARTOIS et finalement à MÉRICOURT. C’est là que Rolande passe son certificat d'études à 14 ans avant d’entrer à l’école ménagère. Devenue ouvrière, elle rencontre Alfred en 1961, tous deux habitant le même quartier. Leur mariage est le début d’une longue histoire d’amour. Dès que les enfants arrivent, Rolande cesse de travailler pour les élever. Elle reprend ensuite du service comme aide-ménagère pendant quatre ans à l'Union Régionale puis pendant vingt-sept ans à la CARMI (CAisse Régionale MInière).

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Rolande, bébé,  en famille. Son frère Gaston, debout derrière à gauche

L’ A.P.P.H.I.M délivre un grand coup de chapeau (de Mineur, bien sûr !) à ce couple qui a su, à force de courage et d’opiniâtreté, se frayer un chemin dans une vie qui fut tout sauf un long fleuve tranquille, surtout quand ̎la dévoreuse d’hommes ̎ était omniprésente et toute puissante ! Qu’ils profitent encore de très nombreuses années de leur retraite bien méritée, c’est tout le mal qu’on souhaite à Albert et à Rolande!

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Rolande aide Alfred dans la recherche de ses articles

Jean-Louis HUOT-Georges TYRAKOWSKI


Date de création : 25/10/2015 @ 08:24
Catégorie : Livres, récits, témoignages... - Récits-Rencontres
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